Walter aimait la forêt plus que les gens. Ce n’était pas de la misanthropie, disait-il, seulement une question de tranquillité.
Dans les bois, personne ne criait, personne ne jetait de déchets, personne ne posait de questions stupides.
Il marchait lentement entre les bouleaux, un panier de champignons dans une main et un sac pour ramasser les déchets dans l’autre.
Ce matin-là, la brume restait suspendue entre les arbres comme un voile gris. Walter venait de s’asseoir sur un tronc pour boire une gorgée de café quand un craquement se fit entendre.
Il leva la tête.
Une louve apparut entre les arbres.
Immense. Grise. Silencieuse.
— Bon… murmura Walter. Voilà qui est nouveau.

Mais ce n’était pas tout.
Dans sa gueule, la louve portait deux petits corps sombres.
Elle s’approcha.
Encore.
Et encore.
Walter sentit son cœur battre plus vite, mais il resta immobile. Les années lui avaient appris une chose : dans la forêt, la panique est la pire idée possible.
Puis la louve posa doucement les louveteaux devant lui.
Comme si elle déposait des courses sur une table.
Walter cligna des yeux.
— Pardon… quoi ?
Les deux petits roulèrent dans l’herbe. L’un se mit immédiatement à renifler la botte du vieil homme, l’autre tenta de grimper sur son genou avec une détermination maladroite.
Walter regarda la louve.
La louve regarda Walter.
Et soudain la mémoire frappa.
Trois semaines plus tôt, il avait sauvé un louveteau coincé dans un piège de braconnier. L’animal hurlait, terrifié. Walter avait juré contre les chasseurs, coupé les cordes et relâché le petit.
— File avant que ta mère pense que je t’ai mangé, avait-il dit.
Maintenant il comprenait.
— Tu plaisantes…
Le petit sur ses genoux commença à mâchouiller la manche de sa veste.
Walter éclata de rire malgré lui.
— D’accord, j’ai compris. Tu m’as engagé comme baby-sitter.
La louve s’assit calmement, la queue enroulée autour de ses pattes.
Pendant plusieurs minutes, la scène devint complètement absurde : deux louveteaux escaladaient Walter comme une montagne vivante. L’un tenta de tirer son écharpe, l’autre renversa presque le panier de champignons.
— Hé ! protesta Walter. Ça c’est mon déjeuner !
La louve observa tout cela avec une tranquillité presque comique.
Puis finalement elle se leva, récupéra les petits un par un et se dirigea vers la forêt.
Avant de disparaître, elle se retourna.
Walter leva la main comme pour dire au revoir.
— Bon… la prochaine fois, apporte aussi leur père. On fera un pique-nique.
Un bruit étrange sortit des buissons.
Presque comme un rire étouffé.
Et lorsque Walter rentra chez lui et vida son panier…

il trouva un objet inattendu posé sur les champignons.
Son vieux gant en laine.
Celui qu’il avait perdu dans la neige l’hiver précédent.
Walter regarda la forêt par la fenêtre.
Puis il hocha la tête en souriant.
— Message reçu.