La porte de mon cabinet s’ouvrit lentement, laissant entrer une femme qui semblait sortir d’un rêve trop lourd. Maria-Luisa — élégante, mais visiblement épuisée — s’avança d’un pas hésitant.
Le manteau soigneusement fermé, la coiffure impeccable malgré la fatigue, elle tenait une caisse de transport avec une délicatesse presque religieuse.
À l’intérieur, son chat, Gaston, la regardait avec des yeux jaunes pleins d’une étrange vigilance.
— Docteur Lorenzo… je suis désolée de venir dans cet état. Je n’arrive plus à dormir, dit-elle.

Je lui indiquai le siège face à mon bureau. Ses gestes étaient nerveux, comme si elle craignait qu’un mouvement brusque déclenche une nouvelle crise. Gaston sortit aussitôt de la caisse et se plaça devant elle, dressé comme un soldat en mission.
— Dites-moi ce qu’il se passe exactement, demandai-je.
Elle inspira, cherchant ses mots.
Chaque nuit, toujours à la même heure, Gaston se mettait à tourner dans la chambre, à miauler, à fixer sa maîtresse comme s’il voulait la prévenir d’un danger invisible.
Puis il montait sur le lit, poussait Maria-Luisa du bout de la tête jusqu’à ce qu’elle cède et s’installe sur le canapé. Là, il se couchait contre elle et restait vigilant jusqu’à l’aube.
— Je croyais qu’il devenait capricieux… mais ça n’a aucun sens, vous ne trouvez pas ? demanda-t-elle.
J’examinai le chat. Poids normal, pelage sain, aucune douleur… sauf une minuscule contraction lorsqu’on touchait une zone de son abdomen. Rien de pathologique, mais un signe d’hypervigilance.
— Votre chat réagit à quelque chose, mais ce n’est pas dans son corps, dis-je.
Elle se raidit.
— Vous vous souvenez de l’analyse dont vous m’avez parlé au téléphone ?
Elle acquiesça et sortit lentement une feuille pliée dans son sac.
— Analyse hormonale. Mon cortisol est très élevé. Le médecin pense que je fais des crises nocturnes de stress intense. Il dit que mon cœur accélère pendant mon sommeil. Je ne sens rien… mais Gaston, lui, oui.

Je posai la feuille sur la table.
— Il vous réveille pour empêcher ces crises de s’aggraver. Il ne vous chasse pas du lit : il vous sauve, Maria-Luisa.
Ses yeux s’embuèrent. Gaston monta sur ses genoux et posa sa tête contre sa poitrine, comme pour prouver qu’il avait compris avant tout le monde.
— Alors… il veille sur moi ?
— Oui. Et maintenant, nous allons apprendre à veiller sur vous deux.