Ce jour-là, le vent soufflait fort, emportant les feuilles comme des fragments d’or sur l’asphalte. Mon fils dormait paisiblement dans sa poussette, et moi, je sentais la fatigue me submerger.
Trop de choses à faire, trop peu de sommeil. Puis, soudain, le monde a tourné. Un vertige violent.
Je me suis arrêtée net, près d’un petit square. Ma vue se brouillait. C’est alors qu’elle est apparue. Une femme, d’apparence distinguée, les cheveux bien coiffés, un manteau gris clair qui ondulait avec le vent.
— Vous êtes pâle… ça va ? dit-elle d’une voix douce.
Avant même que je puisse répondre, elle ajouta :
— Laissez-moi prendre votre bébé, juste le temps que vous respiriez un peu.

Je l’ai regardée. Son sourire ne bougeait pas, figé. Son regard, lui, n’était pas doux. Il brillait d’une lueur étrange, presque impatiente. Un frisson m’a parcourue. Tout en moi me criait de ne pas la laisser approcher.
— Non, merci, ai-je dit en reculant d’un pas.
— Vous allez tomber ! protesta-t-elle.
Je n’ai pas répondu. J’ai serré la poussette et j’ai avancé aussi vite que mes jambes tremblantes me le permettaient. Dans mon dos, j’ai senti son regard peser sur moi jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Le soir, alors que mon fils jouait à mes pieds, le journal télévisé a brisé le silence du salon. On parlait d’une femme suspectée d’avoir tenté plusieurs enlèvements dans le quartier.

Quand l’image est apparue, mon souffle s’est coupé : c’était elle. Ce même manteau gris, ce même sourire immobile.
Je me suis mise à pleurer. Pas de peur, mais de reconnaissance envers cette petite voix intérieure que j’avais écoutée. Celle qu’on ignore souvent, qu’on appelle intuition.
Depuis, chaque fois que je passe dans cette rue, mon cœur se serre. Mais je garde la tête haute. Parce que ce jour-là, j’ai compris : faire confiance à son instinct, c’est parfois la seule barrière entre l’amour et la tragédie.