Je retenais mon souffle. Adrian chuchotait, comme si les murs pouvaient l’entendre. Chaque mot semblait dangereux, interdit. Ce n’était pas une confession ordinaire. C’était un aveu qu’on ne fait qu’une fois.
— Je n’en peux plus, murmura-t-il. Peu importe ce que je fais, tout s’effondre.
Mon corps resta immobile, mais mon cœur battait trop fort. Huit ans de mariage, et jamais je ne l’avais entendu ainsi. D’habitude, Adrian contrôlait tout. Cette nuit-là, il se brisait.
— Je te cache quelque chose, continua-t-il. Pas parce que je ne t’aime pas… mais parce que je t’aime trop.

Ces mots furent pires que le silence. Des images me traversèrent l’esprit : son regard fuyant, ses silences, cette distance installée sans explication. J’avais cru à une autre femme. La vérité semblait bien plus sombre.
— Si je parle, tu partiras, dit-il. Et je ne survivrai pas à ça.
Il s’interrompit, puis ajouta d’une voix presque inaudible :
— Ils me tiennent, Élise. Ils m’ont donné un délai. Si j’échoue, d’autres paieront. Des innocents.
Un frisson parcourut mon dos. Ce n’était ni une aventure ni un mensonge banal. C’était un piège.
— J’ai pensé te repousser volontairement, avoua-t-il. Te faire croire que je suis un monstre. Au moins, tu serais en sécurité.

La lampe projeta une lueur faible. Je sentis le lit bouger lorsqu’il s’assit. Il était si proche, et pourtant inaccessible.
— Pardonne-moi, murmura-t-il. J’ai peur de disparaître sans avoir pu t’expliquer.
Il se rallongea doucement, sa main effleurant mon épaule avant de se retirer. Je gardai les yeux fermés, mais je n’étais plus la même.
À cet instant précis, je pris une décision. Le matin venu, je lui dirais la vérité. Que je savais tout. Et que la peur n’était plus une raison de se taire.