La tempête hurlait autour de la cabane lorsque Edward ouvrit la porte. La lumière de la lanterne révéla une lionne étendue dans la neige, son corps immobile mais encore chaud. À ses côtés, un lionceau minuscule respirait à peine.
Quelque chose dans cette scène semblait irréel. Une lionne, ici, au milieu des montagnes glacées, n’avait aucun sens. Pourtant, elle était là, comme si elle l’avait choisi.
Edward s’agenouilla lentement. Les yeux de la lionne rencontrèrent les siens, et dans ce regard il n’y avait ni peur ni agressivité. Seulement une demande silencieuse.
Elle poussa doucement le petit vers lui. Ce geste était fragile mais déterminé. Edward comprit qu’il n’avait pas le choix.

Il emporta le lionceau à l’intérieur et tenta de le réchauffer. Lorsqu’il ressortit, la lionne était morte, figée dans la neige comme une statue.
Le silence de la nuit pesa lourdement sur lui. Le feu crépitait, et le souffle faible du petit remplissait la pièce. Pourtant, Edward sentait une présence invisible autour de la cabane.
À l’aube, un bruit étrange résonna. Ce n’était pas naturel, mais organisé, presque intentionnel.
Edward regarda dehors et aperçut des silhouettes dans la brume. Elles se tenaient droites, immobiles, comme si elles attendaient.
Le lionceau se redressa soudain. Ses yeux brillèrent d’une lumière impossible. Puis il émit un son profond, comme un signal.
Les silhouettes bougèrent. Elles firent un pas en avant, puis un autre. Leur approche était lente mais inévitable.
Edward sentit un souvenir enfoui remonter à la surface. La même peur, le même froid, la même nuit d’il y a dix ans.
Il se revit ouvrir la porte. Il se revit sourire, croyant aider. Et il se revit seul au matin.
— Non… murmura-t-il. Mais il savait déjà la vérité.
Le lionceau tourna la tête vers lui. Son regard n’était plus celui d’un animal.
— Tu n’as pas oublié, dit-il d’une voix calme. Edward resta sans souffle.
— Tu dois terminer ce que tu as commencé. La dette n’a jamais disparu.

La porte s’ouvrit derrière lui avec un grincement lent. Le vent entra, glacial, portant avec lui une présence lourde.
Les silhouettes étaient désormais tout près. Elles n’avaient pas de visage, mais leur regard était palpable.
Edward comprit alors l’horreur de la situation. Tout avait été prévu.
La lionne n’était qu’un messager. Le lionceau était la clé.
Et lui… il était la dette.
Il redressa les épaules et avança. Cette fois, il n’y aurait pas de fuite.
— Je suis prêt, dit-il doucement. Et le silence qui suivit fut plus terrifiant que n’importe quel cri.