Il avait toujours voulu voir la mer. Lorsque sa femme, enceinte de six mois, apprit qu’elle ne pouvait voyager en avion, elle pensa qu’il resterait auprès d’elle. Mais son mari fit un autre choix :
— J’ai déjà payé mes vacances. Tu iras chez ma mère, tu l’aideras un peu.

Ainsi, la future mère se retrouva dans un village reculé, sans confort moderne, contrainte de travailler dans un potager. Chaque matin, sa belle-mère lui servait une soupe froide, mais seulement après des heures passées à genoux dans la terre. Les photos de plage que son mari lui envoyait accentuaient sa douleur.
Un jour, alors qu’elle arrachait des pommes de terre, elle sentit le sol vaciller sous ses pieds. Elle s’effondra. Essoufflée, incapable de se relever, elle entendit la voix dure de la belle-mère :
— Debout ! Tu n’es pas malade, juste enceinte !

Mais son corps refusait d’obéir. Ce fut une voisine, témoin de la scène, qui sonna l’alerte. Les habitants accoururent, la soulevèrent et la conduisirent à l’hôpital. Les médecins confirmèrent l’urgence : quelques minutes de plus, et l’enfant aurait été perdu.
L’événement fit l’effet d’un choc dans tout le village. Les voisins, outrés, cessèrent toute relation avec la belle-mère. On parlait d’elle comme d’une femme sans cœur, incapable de protéger celle qui portait son futur petit-enfant.

Quand le mari revint enfin de son séjour au bord de la mer, il trouva sa femme dans un lit d’hôpital. Mais dans ses yeux brillait une vérité plus douloureuse que la maladie : l’amour qu’elle lui portait avait disparu.